26/03/2008

Culture

tillieu

Des petites fleurs pour André Tillieu

Le souvenir, c’est la présence invisible.

Victor HUGO 

Pour le compte d’une petite maison d’édition belge (Le Veilleur de nuit) dans laquelle André a publié une dizaine d’opuscules (consacrés à Brassens (3), Giono, Boudard, Nucéra, Django,…) je viens d’avoir l’honneur de publier une plaquette d’hommage à André Tillieu.  (André Tillieu, Des petites fleurs, Le Veilleur de nuit, 2008, 30 pages, 9 €, port compris).

Je terminais, sur mon site blog personnel[1], un important travail de retranscription : une interview d’André réalisée en mai 96 pour le compte d’une émission radiophonique régionale belge (Le Trombone en coulisse, FMD 106.6). L’idée m’est alors venue de consacrer un petit ouvrage à mon vieil ami pour lui témoigner ma fidélité, pour entretenir avec lui et les siens une sorte de relation affectueuse dans le monde privilégié des mots, territoire de prédilection d’André, et pour rendre justice à un talent fervent et précieux.Cette amitié (engagée par trois rencontres successives pour cause d’interviews écrites et radiophoniques) est née sous la sauvegarde de Brassens. Tillieu, en raison des précieux ouvrages qu’il a consacrés à l’éminent Sétois, m’a d’emblée paru un témoin privilégié.

Il évoquait Brassens avec tact, avec intelligence, avec loyauté, dans une parfaite connaissance de l’œuvre. Son bagou, son enthousiasme et ses belles fièvres orales ornaient son témoignage d’enluminures superbes. Tout cela et cette infatigable ardeur, cette puissance expressive, l’altitude à laquelle il faisait culminer l’étoile de l’amitié, ont achevé de me conquérir. Car oui, cette noblesse artisanale avec laquelle il cultivait l’amitié, cette distinction enthousiaste et sans gourme, c’était une des poignantes particularités de l’homme, un des élégants jambages de la griffe d’André. J’en ai personnellement bénéficié et j’ai plaisir à rendre grâce.

 Dans cet être bouillonnant et passionné, j’aimais encore, les jugeant touchantes elle aussi, une pudeur, une délicatesse, une fidélité et une générosité qui qualifiaient le genre d’humanisme qu’incarnait André. Un vrai talent littéraire, puissant, évocateur et savoureux, dont témoignent ses ouvrages, ses nouvelles ou ses chroniques pour Les Amis de Georges, complétait l’attrait de l’homme.   J’ai eu à cœur, sans dilapider ce qui n’appartient qu’à la chaleureuse intimité d’une relation, d’évoquer l’humour d’André. J’aimais, par exemple, que, faisant fi des décennies qui nous séparaient, il jugeât bon d’ouvrir les bafouilles qu’il m’adressait par un farfelu « Mon Vieux ». Nos relations épistolières ou téléphoniques, nos rencontres étaient aussi, - et j’y resonge avec délectation -, empreintes d’un goût commun pour l’hénaurmité, le farfelu, la connerie de qualité.

Je tente de rendre les bonheurs de nos rencontres successives : son inépuisable estime pour l’œuvre de Brassens, (je reprends, telle qu’il me la raconta, la manière dont Gibraltar et lui convainquirent Renaud d’entreprendre l’aventure d’un album Brassens), la manière émouvante qu’il avait de parler de la jeunesse, sa fastueuse façon de célébrer les jazzmen qui le transportaient, sa fidélité à ses exaltations (Giono, Django Reinhardt, Billie Holiday, Tristan Derème, Achille Chavée, …), sa curiosité et son intérêt pour l’autre, son sens du débat. Venu à André par l’intermédiaire de Brassens (ça lui plaisait que j’en fusse un inconditionnel), j’ai découvert chez le Belge un homme fascinant, digne de ces prestigieuses affinités électives qui le liaient au poète, un être ouvert, disponible, fraternel. Un homme, - on excusera la sentimentalité de la formule -, que j’aimais pour lui-même.

Voilà, j’ai saisi l’occasion de dire le bonheur, l’aubaine que c’est de croiser sur son chemin un pèlerin de cette trempe. Font défaut à ce portrait affectueux, bien sûr, le beau timbre de la voix d’André (un jour, à Ixelles, accompagné par un bande-son que Brassens lui avait offerte, il me chanta in extenso et avec talent l’ Elégie à un rat de cave), les agréments de sa loquacité gourmande, les moulinets de sa gestuelle, les scintillements de son œil clair. Toutes choses qui rendent l’homme inoubliable et qui justifient qu’on se prémunisse par l’écriture contre leur dispersion. Le sentiment, s’il a quelque vitalité, est une sorte de braise ardente. Ceux qui le souhaiteront viendront s’y chauffer les paumes.                    



[1] L’adresse du site : http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be . André est présent dans quatre catégories : Amitiés, André Tillieu, André Tillieu 2 et Plaquette d’hommage à André Tillieu. Bien que n’étant pas un spécialiste de l’outil internet, loin s’en faut, j’ai décidé d’emmener la mémoire d’André dans cette aventure, autant pour en maintenir la présence dans ma vie que pour m’entourer de compagnons dignes de confiance.

19:47 Écrit par Communiste, c'est mon parti ! dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.