21/02/2008

Démocratie à Cuba: aller au-delà des clichés !

checastroLa récente confirmation de la non candidature de Fidel Castro pour la présidence du Conseil d’Etat et comme commandant suprême de l’armée cubaine est l’occasion d’une certaine agitation chez nous. Pas plus tard que ce matin, un chroniqueur de la RTBF radio s’est fendu d’une petite phrase dans laquelle il associait les noms de Fidel Castro et d’Adolf Hitler. Symptomatique.

Je ne considère pas le système cubain comme un modèle absolu de démocratie mais je trouve l’information reçue suffocante. Questionnons les fonctionnements démocratiques ... mais questionnons les partout et sur base de faits.

Je n’ai pas le temps d’aborder ici et avec suffisamment de rigueur ce thème foisonnant qu’est la démocratie, thème que l’on aimerait voir débattu avec autant de ferveur en ce qui concerne "notre société" alors nombre de nos droits démocratiques sont mis à mal (lutte contre le "terrorisme, vidéo-surveillance,...). Toutefois, vu l’actualité cubaine, il m’a semblé utile de donner quelques chiffres afin de nourrir la réflexion de chacun sur ce qui se passe à Cuba et la façon dont cela est relayé par nos médias.

- Le nouveau Parlement cubain, a été élu lors d’élections auxquelles la très grande majorité de la population cubaine a participé. Plus de 95% des électeurs se sont rendus aux urnes, ceci alors que le vote n’est pas obligatoire à Cuba. A titre de comparaison, aux Etats Unis, ils sont aux alentours de 30% à voter lors des divers scrutins, en France 50%. Chez nous, le vote est obligatoire mais l’abstention croissante.
- La composition du Parlement cubain est avec 42% de femmes (ce qui place Cuba à la 6ème place au niveau mondial looooiiiinnnnn devant la Belgique de papa), 29% de travailleurs, 61 % de parlementaires nés après la révolution, 63% de nouveaux et un âge moyen de presque 50 ans, un bon reflet de la société cubaine. Chez nous on compte environ 1% de travailleurs sans diplôme supérieur au Parlement et le nombre de néophytes est très faible.
- La législation cubaine interdit formellement au parti communiste de désigner des candidats. « Aucun parti n’a le droit de présenter des candidats. La postulation des candidats est directement effectuée par les électeurs eux-mêmes lors d’assemblées publiques. Le Parti communiste n’est pas une organisation électorale, et par conséquent, il ne peut ni se présenter aux élections ni désigner des candidats [
1] ».
- A Cuba 50% des candidats au Parlement sont désignés par les habitants des quartiers. Les 50% restants le sont via les organisations sociales. C’est le syndicat qui préside les commissions pour désigner les candidats. Pour avoir la liste définitive des 614 candidats, il y aura eu pas moins de 2 millions cubains qui auront été consultés.
- On a vu et entendu les sommes faramineuses que les candidats à la maison blanche amassent afin d’assurer leur campagne de marketing électoral. Les dépenses de campagne s’élèvent à plusieurs centaines de millions de dollars. Cet aspect financier constitue bien évidemment un facteur majeur de sélection économique des élus. Une entaille démocratique énorme. Chez nous, j’ai eu l’occasion de pointer les écarts budgétaires et leur impact direct sur le résultat des élections [
2]. A Cuba, pas un seul élu ne dépense le moindre centime de sa poche dans des campagnes électorales.

On doit dénoncer les atteintes à la liberté d’expression à Cuba. Nous nous battons pour ce droit ici, nous devons le défendre là-bas. Il y a environ 230 prisonniers politiques [3] à Cuba. (Sans compter bien évidemment ceux, non jugés, de Guantanamo qui même s’ils sont sur l’île de Cuba doivent être portés au nombre des prisonniers d’opinion des USA.) C’est peu mais c’est 230 de trop. On peut dénoncer l’absence d’un multi-partisme à l’occidentale à Cuba. En la matière, j’ai tendance à n’aimer ni les monopoles ni les oligarchies partidaires telles que nous les connaissons en Europe et plus encore aux Etas-Unis.

Toutefois ces revendications ne peuvent être portées seules sans réclamer dans le même temps la fin de l’embargo et des campagnes massives de pression (allant jusqu’au terrorisme d’Etat ainsi que c’est aujourd’hui officiel) exercées par les Etats-Unis depuis 1959 et la chute du régime dictatorial de Fulgencio Batista. Soyons honnêtes, les Etas-Unis se fichent comme de colin-tampon d’instaurer la démocratie et ils commercent depuis toujours avec les pires dictatures qu’ils n’hésitent jamais à soutenir au détriment de la démocratie (qui a oublié le Chili ?). Par contre, ils veulent à tout pris instaurer le main-mise du monde économique sur les peuples et le capitalisme (que l’on peu qualifier de sauvage si l’on n’a pas peur des redondances).

Cuba ce n’est pas l’Eden. La démocratie y est toutefois infiniment plus présente qu’avant la révolution cubaine et loin de l’image tronquée que donnent nos médias.

S’il est toujours utile de questionner la démocratie, cela n’a de sens que si on la questionne en tous temps et en tous lieux. Aussi aux Etats-Unis quand on y invalide des centaines de milliers de bulletins de vote d’électeurs noirs, aussi en Europe quand on tente de faire passer une Constitution européenne (rebaptisée Traité de Lisbonne) sans consulter les peuples, aussi en Belgique lorsque ce sont les partis qui à 90% désignent celles et ceux qui seront nos élus en les mettant en ordre utile sur les listes. Et puis la démocratie, ce n’est pas juste une élection tous les 4 ans. C’est un processus participatif. Ce sont des mandats révocables. C’est de la démocratie dans toutes les sphères de la société, à commencer par nos lieux de travail. Etc.

Si on veut discuter de la démocratie, ouvrons véritablement le débat ! Sans cela, c’est perdre toute crédibilité.

Pierre Eyben

Notes

[1] Source : http://www.parlamentocubano.cu/Preg....

[2] Source : Quel accès aux médias pour les petites formations politiques ?.

[3] Source : Amnesty International

08:18 Écrit par Communiste, c'est mon parti ! dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

le lien n°2 est pierre.eyben.be/124

Écrit par : Simon | 22/02/2008

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