03/09/2007

Crise politique : donnez la parole aux peuples !

 

13951926_pAu terme d’un long et chaotique processus de régionalisation, la Belgique connaît une crise politique qui semble la pousser irrémédiablement au bord de l’éclatement. On disait la « Belgique de papa » morte ; sera-ce au tour de la Belgique tout court de rendre l’âme ?

Dans un communiqué publié au lendemain des élections législatives du 10 juin dernier, le Parti Communiste disait craindre qu'un éclatement des systèmes fédéraux de solidarité se précise davantage dans les prochaines années (NDLR. Il n’a pas fallu attendre si longtemps pour voir se profiler ce risque) et le recours illusoire à un "front francophone", fragile et sans contenu (NDLR. Nous y reviendrons plus loin). Tel est le prix d'une réforme institutionnelle inaboutie et où les réformes de structures démocratiques, dans le domaine économique et social, ont été largement rejetées du débat politique. De fait, ne faut-il pas voir dans la crise actuelle le résultat de réformes institutionnelles improvisées qui se sont additionnées au fur et à mesure de concessions, de renoncements ; davantage le fruit d’un démantèlement progressif de l’Etat central que celui de la construction délibérée d’un Etat fédéral reposant sur la reconnaissance de deux peuples ET de trois régions ET assortie de réformes de structures économiques et sociales ?

Rappelons que ce sont les partis dominants actuels (alors autrement nommés) qui, après avoir refusé obstinément la fédéralisation du pays face aux « dangers » d’un « Cuba wallon », ont jugé bon de tracer une frontière linguistique au bon milieu d’un Etat qu’ils voulaient toujours unitaire, et cela sans consulter les populations concernées. Incohérence qui devait marquer profondément l’évolution ultérieure du pays.

On comprend mieux, aujourd’hui les raisons du courroux unanime de la classe politique après l’émission de la RTBF annonçant la fin de la Belgique. Ce n’était pas tant l’indéniable liberté qu’avait prise la rédaction avec l’éthique journalistique, que la pertinence du propos et –pire que tout- la faute d’avoir remis au centre du débat public, la question existentielle de la Belgique. A présent, il faut se contenter de sondages dont on précise aussitôt l’importante marge d’erreur. Et si on demandait clairement l’avis du peuple flamand, l’avis du peuple wallon, l’avis du peuple bruxellois sur le devenir de leur pays ? Faut-il, en effet, comprendre les 800.000 voix d’Yves Leterme comme un appel au séparatisme ou y voir la reconnaissance d’une politique régionale répondant aux aspirations d’une large part de l’électorat flamand ? Plutôt que le recours, certes constitutionnel, à l’arbitrage d’un pouvoir royal de plus en plus obsolète, ne serait-il pas plus opportun et, tout compte fait, fondamentalement légitime, de consulter les peuples de Belgique ? S’ils décident de continuer à vivre ensemble : ce ne pourra se réaliser que dans le cadre d’un Etat fédéral revitalisé qui garantit les mécanismes de solidarité et d’égalité de droits (notamment en matière de législation sur le travail). S’il s’avère que la rupture est définitivement consommée, il faudra bien se rendre à l’évidence et se doter de nouvelles structures étatiques républicaines.

Cependant, nous commettrions une erreur funeste en ne considérant les dangers futurs que sous le seul angle institutionnel. Dans le même communiqué post-électoral, le PC prédisait une majorité autour du CDNV-NVA et du MR pourrait voir le jour après des négociations qui risquent d'être longues sur les questions institutionnelles (NDLR. nous ne croyions pas si bien dire), mais vraisemblablement plus aisées sur les questions économiques et sociales. Il est à craindre que les politiques visant à privilégier le capital au détriment de la sécurité sociale et des services publics, notamment, ne se fassent encore plus agressives à l'avenir.

Du côté des leaders flamands candidats au pouvoir, cela semble clair : si l’on aspire tant à régionaliser tout ce qui dépend encore de l’Etat fédéral, c’est pour mieux libéraliser et se débarrasser des derniers reliquats d’un système social et d’un régime fiscal honnis.

Face à eux, il y aurait les intérêts supérieurs des francophones à défendre. La belle affaire !

Certes la ténacité du CDH a-t-elle également porté sur certaines questions économiques et sociales. Dame, la perspective des prochaines élections régionales pour lesquelles le PS aurait opportunément retrouvé une certaine virginité politique ferait se cabrer plus d’un centriste. Mais jusqu’à quand Madame Milquet et consorts renonceront-ils à avaler les couleuvres libérales que Monsieur Reynders et ses amis trépignent de leur servir toutes chaudes ? Car enfin, Madame Milquet, si soucieuse ici de ces fameux intérêts des francophones, se manifeste-t-elle autant lorsque des délocalisations, des fermetures d’entreprises,… privent « des francophones » de leur gagne pain ? Quels intérêts communs peut-il y avoir entre un bourgeois francophone et libéral aspirant voir réduire le droit au chômage et un demandeur d’emploi ? Quels intérêts communs entre le milliardaire francophone Albert Frère et l’anonyme SDF francophone ?

Sans doute sera-t-il utile que, rapidement, les organisations syndicales et avec elles toutes les forces progressistes rappellent haut et clair que les intérêts des travailleurs actifs et non actifs, des pensionnés, des allocataires sociaux, des sans papiers et des sans logis doivent concrètement être pris en compte.

Jean-Pierre Michiels
28 août 2007

08:58 Écrit par Communiste, c'est mon parti ! dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Etonnement Tiens ça existe encore le parti communiste? je croyais que cela avait disparu sauf à cuba... même la corée du nord baisse son froc maintenant...

Écrit par : Charlier Jambe de bois | 19/10/2007

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