08/03/2006

HAINE - SAINT - PIERRE: LA GARE ASSASSINEE.

Il était une fois un village industriel où l’activité grouillait jour et nuit. Cette cité laborieuse s’appelait Haine-Saint-Pierre. Le commerce y était prospère et le carnaval du Feureu fut un moment plus important que le Laetare voisin.

 

Et puis, une à une, les usines ont fermé leurs portes, à cause de circonstances économiques impitoyables mais aussi, dans certains cas, par la faute de mauvais gestionnaires, justes inquiets de leurs propres dividendes et peu soucieux de moderniser l’outil ou de se reconvertir dans la fabrication de produits plus rentables. Par un phénomène logique de déclin, le commerce, dépendant de l’industrie, diminua lui aussi. Les cafés et petits magasins disparurent à une cadence accélérée. Aujourd’hui, Haine-Saint-Pierre ne compte plus qu’une poignée de petits commerces.

 

L’essor industriel avait fort logiquement correspondu avec celui de la gare de formation. Celle-ci resta longtemps la plus importante de la région. Pendant la seconde Guerre mondiale, elle fut la cible des bombardements alliés. Peu de bombes atteignirent leur objectif mais, dans la périphérie, grâce à la « générosité » du bombardement en tapis, beaucoup d’innocentes victimes perdirent la vie.

 

Vint le jour où un réaménagement des services du chemin de fer entraîna la fermeture définitive de la gare. L’objectif était de soulager la station centrale de La Louvière en en créant une nouvelle, plus au sud, dans une position décentralisée. A quelques hectomètres près, la gare de Haine-Saint-Pierre – entre-temps classée ! – rendait inutile l’édification de celle du Sud. Et pourtant, il fut décidé, pour des raisons politiques, de bâtir une nouvelle gare à proximité du sympathique quartier du Mitant-des-Camps, soit-disant pour revaloriser ce dernier. En quoi ce hameau a-t-il pu retrouver une nouvelle dynamique grâce à la gare du Sud ? Nous cherchons en vain. Si nous reculons une trentaine d’années en arrière, nous y retrouvons huit cafés ainsi qu’au moins une demi-douzaine de petits commerces, d’alimentation principalement. Aujourd’hui, la rue ne compte plus un seul café, juste une pincée de petits commerces reposant sur la friterie et le fast food. Quant au développement du logement social, il n’est en rien le corollaire de la gare du Sud. Celle-ci est située dans un bled, inhospitalier voire dangereux l’hiver ; à ce jour, aucun petit magasin ou débit de boisson n’a été ouvert dans cette zone. Et pour cause. S’installer dans un désert, c’est engager un pari dangereux quant à la rentabilité. Cette gare du Sud est un endroit terne, sans relief, sans panache, sans gaieté. De retour du carnaval de Binche, il m’est arrivé, dans le train, d’entendre des voyageurs retournant dans une autre région, s’exclamer en regardant le décor : « On se croirait en ex Allemagne de l’Est ! »

 

Si, au lieu de satisfaire les fantasmes électoralistes de certains, on avait eu l’idée, toute simple et géniale,  - les deux adjectifs vont souvent de pair d’ailleurs - de reconvertir la coquette gare de Haine-Saint-Pierre, le commerce y aurait pris un nouvel envol puisque là, les bâtiments existaient déjà et ne demandaient qu’un aménagement pour devenir ou redevenir opérationnels. Quant au parking, voyez vous-même l’espace disponible, sans compter que la place existe pour une extension. Bienfait supplémentaire : la proximité de la gare aurait rendu un fier service aux démunis logés actuellement dans les bâtiments de l’ancienne usine Jouret.

 

La gare de Haine-Saint-Pierre aurait pu gagner définitivement ses lettres de noblesse et voir se développer un important commerce. Au lieu de ça, on lui a jeté les miettes comme on lance du pain aux cygnes ou des cacahuètes aux singes. Elle porte désormais le nom pompeux de « Cercle d’Histoire Henri Guillemin ». Une association qui accomplit, au demeurant, de l’excellent travail. On ne compte plus les livres édités par ces historiens, le plus souvent amateurs, soucieux de perpétuer la mémoire collective de leur région et nous ne pouvons qu’éprouver admiration à leur égard, les remercier et les encourager à poursuivre leur œuvre. Cependant, nos autorités auraient pu attribuer au cercle Guillemin un autre local. Comme le sort de la malheureuse gare était déjà scellé, au nom du fallacieux principe de la compensation, il fut décidé de rendre hommage au passé en utilisant les locaux pour y établir un musée. Et qu’y a-t-il dans un musée ? Des choses intéressantes, certes mais des choses mortes !

 

Quand vous passez devant l’édifice sans vie, vous apercevez, sur le mur de gauche, une plaque commémorative qui dit : « Ici, durant la guerre de 1940-1945, des milliers de déportés pour le travail obligatoire furent expédiés en Allemagne. » Ajoutons-y un autre type de déportés que nos aïeux ne connaissent que trop et, bien entendu, toutes les victimes des bombardements, de la répression nazie et des collabos et vous avez l’impression amère que tous ces gens sont morts pour rien. En dehors d’une plaque commémorative dont bien des jeunes ignorent la signification profonde car on n’en parle pas ou si peu dans les écoles, l’acte le plus noble, par respect pour les martyrs eut été de rendre vie à une gare qui a, au contraire, été assassinée. Quand un réseau de résistance était décapité par l’occupant, les rescapés, minés par le découragement, avaient parfois l’envie de tout arrêter. Qu’est-ce qui les a poussés à continuer le combat ? Le souvenir des camarades tombés, sous le couvert de la phrase rituelle : « Il ne faut pas qu’ils soient morts pour rien. » La Victoire et la Libération ont donné raison à ces combattants opiniâtres. En revanche, quand je regarde cette plaque, je me dis que ces victimes sont mortes une seconde fois. Là où la mort a détruit la récolte, il faut semer la vie. Rendre la vie pour la mort ! Sinon, la mort triomphe et ricane, appuyée sur sa faux.

 

Voyez la gare de Binche, c’est un petit bijou bien conservé. Puissent nos amis binchois, plus maniaques de leur patrimoine que les Louviérois, la préserver toujours des griffes des prédateurs. Faute de quoi, la place qui lui fait face, deviendra, comme la rue de la Gare de Haine-Saint-Pierre, un désert, inhospitalier comme l’est le plus souvent un désert…

 

CVQ

09:36 Écrit par Communiste, c'est mon parti ! | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour,
Je recherche le livre de
Georges PLACE
La poterie Monseu (1837 - 1969)
Publications du Cercle d'Histoire et de Floklore Henri Guillemin, 1971 (94 p.)
L'ouvrage est épuisé. Le cercle n'en a pas.
Pouvez-vous m'aider à le trouver au prix (raisonnable) qui sera celui du vendeur
Merci à vous
André Lierneux 25 quai de Brabant 6000 Charleroi

Écrit par : LIERNEUX André | 02/11/2006

résistance communiste je suis à la recherche de documents sur noemi de tomi et maurice cantignaux de trivières qui ont résisté et ont été déporté ds les camps lors de la seconde guerre mondiale
Elle à ravensbruck et lui à dachau.Tous deux en sont revenus...
Merci d'avnace!

Écrit par : lessène | 09/07/2007

Tu peux te rendre à la Fédé du PC ...il y a une petite expo sur les patisans armés ...

Écrit par : Sandro | 16/07/2007

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